Un voyage humanitaire

Quelques mois après la guerre qui a opposé l’Arménie et l’Azerbaïdjian à propos du Haut Karabakh, Franca, une étudiante arménienne décide de partir apporter son soutien humanitaire à son pays d’origine. Elle nous fait le récit de son voyage en détail et partage cette expérience marquante avec nous.


Transcription

A : Bonjour Franca.
F : Bonjour Amandine.
A : Comment vas-tu ?
F : Je vais bien. Et toi ?
A : Très bien, merci. Donc du coup, aujourd’hui, nous sommes là pour que tu nous partages ton expérience (1) concernant ton voyage humanitaire en Arménie.
F : Avec plaisir !
A : Alors donc tu peux nous dire pourquoi tu es partie en Arménie et combien de temps ?
F : Alors, je suis partie en Arménie, simplement parce que je suis arménienne d’origine, que, voilà, j’ai grandi dans une école arménienne et donc il faut savoir que depuis le mois de septembre 2020, donc une guerre a été déclarée à l’Arménie et surtout aux habitants arméniens qui habitent au Karabakh et dont la guerre s’est terminée le 10 novembre 2020. Et après ça, j’ai voulu partir dix jours en Arménie pour apporter mon aide humanitaire aux réfugiés qui sont désormais en Arménie.
A : D’accord. Et du coup, là-bas, comment ça s’est passé ? Qu’est-ce que tu as fait plus précisément ?
F : Alors, les actions, concrètement, c’était donc la distribution d’aliments de première nécessité (2), que ce soit la farine, le lait tout ça… Des dons (3) d’habits parce qu’il faut savoir qu’il fait très froid en Arménie et que donc, il faut des vêtements chauds, donc tout… des pulls, des manteaux qui tiennent vraiment chaud. Ensuite donc, la rencontre des réfugiés, donc c’est une assistance morale, c’est de les écouter parler, leur vécu, parce qu’ils ont vécu une guerre et surtout voilà, un apport de dons qui est pécunier (4), donc de l’argent pour qu’ils puissent subvenir à leurs besoins.
A : D’accord et bah bravo pour ces belles actions! Et que peux-tu nous dire sur le ressenti des habitants ?
F : Alors, c’est le désemparement (5), c’est un basculement (6) de leur vie, ils n’ont plus d’habitation, ils ont dû quitter leur habitation, ils les ont brûlées pour ne rien laisser à l’ennemi, ils ont laissé leur vie là-bas, du coup, c’est, voilà, la tristesse, c’est la guerre. C’est traumatisant (7). Il y a une étape de reconstruction. Après, il faut que les habitants se reconstruisent. Malgré tout, la vie continue et c’est très dur à vivre, mais c’est… Le plus dur, c’est pour eux. Nous encore, on n’a pas de problèmes en France, on voit qu’on a une vie paisible et que voilà, ailleurs, c’est pas pareil.
A : J’imagine. Et du coup, tu parles beaucoup de guerre. Est-ce que tu as pu rencontrer des soldats ?
F : En effet. Donc nous sommes allés rendre visite aux soldats, dans différents hôpitaux. Leur témoignage de la réalité est très dur à entendre et donc du coup, de base, on est allés pour leur apporter une aide financière. On a distribué donc de l’argent, pour les remercier surtout, et aussi pour leur donner de l’espoir, pour leur montrer que nous sommes là, nous les soutenons et que voilà, nous sommes fiers d’eux, que c’est incroyable d’avoir défendu leur pays et on leur souhaite de se remettre et qu’ils aient une belle vie par la suite.
A : Ah oui ! Et du coup, en ce qui est pour le pays, est-ce que tu as remarqué qu’il y avait des tensions depuis la défaite?
F : Alors, il y a de grandes tensions dans le pays désormais car depuis l’acte signé par le premier ministre arménien, qui donc annonçait la fin de la guerre mais surtout le don de territoires où habitaient ces populations, les habitants, les Arméniens en fait, ceux de Erevan, la capitale, se sont révoltés, ne comprennent pas pourquoi cet acte a été signé sans leur accord, sans demander leur avis. Donc il y a beaucoup de… C’est une sorte de révolution avec des mobilisations, des manifestations dans toute la capitale. Donc il y a de grandes tensions, surtout que le premier ministre ne veut pas démissionner, qu’il est toujours à la tête (8) du pouvoir. Donc c’est une situation à suivre de très près.
A : D’accord. Et en ce qui concerne ton voyage, c’était pas compliqué pour repartir et revenir d’un pays en guerre ?
F : Du coup, pour le voyage, donc je t’avoue qu’il a été préparé très rapidement, puisque ça a été une décision prise, on va dire, sur un coup de tête (9) ! Mais non, aucune difficulté, juste donc, des tests PCR (10) à passer avant, mais pas de contrôles, pas de questions, ce qui est un peu, d’un côté, étrange. Mais non, aucun problème pour rentrer et sortir du pays de l’Arménie et pour rentrer en France. Pas de problème à ce niveau-là.
A : D’accord, bon, bah heureusement. Et du coup, ton voyage, tu peux en retirer quoi, en deux mots (11)?
F : En deux mots… L’Arménie est au plus bas (12). Les réfugiés vont avoir du mal à s’en remettre (13) et le pays va surtout avoir du mal à s’en remettre. Aujourd’hui, nous avons perdu des territoires qui appartenaient à nos ancêtres, donc c’est une… C’est très dur pour les Arméniens, pour leur ego, pour leur fierté. On a perdu la guerre tout simplement et donc du coup, je souhaite à l’Arménie de se relever. Nous, la diaspora (14) arménienne, on sera toujours là pour les accompagner dans ce… cette reconstruction et en espérant que… que des belles choses arrivent et la paix surtout, la paix !
A : J’imagine que ton voyage, il a été enrichissant pour toi.
F : Ça nous fait grandir, ça nous fait relativiser (15) et on revient en France et on ne peut pas se plaindre finalement.
A : Eh bah merci pour ton témoignage qui fait vraiment froid au cœur (16) comme on dit à Marseille et en tout cas, passe une bonne journée. On reviendra vers toi si on a des questions et voilà ! Merci beaucoup.
F : Merci à toi.
A : Bonne journée.

Des explications

  1. tu nous partages ton expérience : normalement, on dit: Tu partages ton expérience avec nous. (partager quelque chose avec quelqu’un). Mais de plus en plus de Français emploient cette autre construction.
  2. Les aliments de première nécessité : des aliments indispensables, de base, pour qu’une personne puisse rester en vie.
  3. Un don : le fait de donner gratuitement quelque chose à une personne sans rien attendre en retour.
  4. Pécunier : attention, cet adjectif n’existe pas, contrairement à pécuniaire. Mais beaucoup de Français font cette erreur, sand doute parce qu’il y a beaucoup d’adjectifs en -ier, comme financier. Donc on dit par exemple : une aide pécuniaire (c’est-à-dire sous forme d’argent) / un don pécuniaire.
  5. Le désemparement : le fait d’être désemparé, c’est-à-dire ne plus du tout savoir quoi faire, comment réagir.
  6. Un basculement de leur vie : un énorme changement dans leur vie, non désiré par eux. Leur vie a basculé à cause de la guerre.
  7. Traumatisant : qui traumatise, qui choque profondément
  8. À la tête : en charge de quelque chose, aux commandes.
  9. Sur un coup de tête : sans réfléchir et très rapidement.
  10. un test PCR : test pour dépister la COVID-19. On a gardé en français l’abréviation venue de l’anglais. (Polymerase Chain Reaction)
  11. En deux mots : pour résumer / en résumé / en bref
  12. Être au plus bas : être dans une situation très défavorable, dans un moment de grande difficulté.
  13. s’en remettre : retrouver l’équilibre après une crise.
  14. la diaspora : la communauté des habitants d’un pays qui n’habitent pas dans ce pays et sont dispersés dans le monde entier. A Marseille, il y a une forte communauté arménienne.
  15. Relativiser : prendre du recul sur sa vie, (et donc par exemple, voir que nous ne sommes pas malheureux en France comparé à d’autres pays). Pour cela, il faut prendre en compte le contexte et bien analyser la situation.
  16. Faire froid au cœur : faire de la peine, effrayer. En fait, cette expression n’est pas fréquemment employée. On dit plutôt : faire froid dans le dos.

Pour juste écouter cette conversation:

Voici un article qui fait le point sur ce conflit.


Cette vidéo de Courrier International permet aussi de bien comprendre les racines de ces guerres qui se répètent dans cette région du monde.

A la semaine prochaine.

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