Salariée ou à son compte?

Elodie a fait de longues études. Puis elle a travaillé comme salariée. Mais un jour, elle s’est sentie à l’étroit dans ce statut qui ne lui offrait plus de perspectives d’avenir intéressantes. Alors elle a pris une grande décision. C’est ce qu’elle explique à Carla dans cette conversation.

Interview expert-comptable

Transcription
E: Elodie / C: Carla

C : Bonjour Élodie. Vous êtes actuellement expert-comptable. Vous avez monté (1) votre propre cabinet il y a huit ans et avant cela, vous étiez salariée en cabinet.
Qu’est-ce qui vous a fait sauter le pas (2) ? Pour quelles raisons avez-vous décidé de monter votre affaire ?
E : Alors bonjour. Alors, pourquoi j’ai monté mon propre cabinet ? Parce que en tant que salariée au sein du cabinet auquel (3) j’étais, j’avais pas d’évolution possible (4), déjà; et que j’avais envie d’une certaine liberté et que, comme au niveau de mon mémoire (5), je me suis spécialisée dans le monde du sport et que j’avais pas mal de dossiers autour du sport, du coup, j’ai pu monter mon propre cabinet.
C : Quand vous faisiez vos huit ans d’études, votre objectif était-il déjà, à l’époque, d’être votre propre patron  (6)?
E : Au tout début, pas forcément. Bon, après, quand il y a eu le choix – donc c’est cinq ans d’études et après, trois ans de stage – pendant le stage, oui, je savais que déjà, que… au tout début du stage, que, effectivement, je voudrais être à mon compte.
C : Et pendant vos études et aussi pendant le stage, qu’est-ce qui a été le plus dur ?
E : Bon, c’est quand même des études un peu techniques, donc sur les dernières années, c’est des concours (7), donc c’est un peu quand même compliqué. Enfin voilà. Donc surtout que nous, à l’époque – je crois que maintenant, ça a été réformé (8) – on passait les examens en septembre, donc on bossait (9) tout l’été. Donc ça, c’était sur les deux dernières années – c’est le DECF et le DESCF. Et après, je trouve que ce qui a été le plus dur, c’est de passer les dernières épreuves (10) du DEC, donc la finalité (11), parce que en fait, on travaille en cabinet où on a un volume de travail très important et on doit quand même réviser des matières à l’écrit, trois matières, plus soutenir un mémoire (5) qui est assez important, d’une centaine de pages. Donc là, effectivement, de concilier le cabinet, les portefeuilles qu’on avait, qui étaient assez importants parce qu’on avait des postes à responsabilité, plus de finir les mémoires et d’aller passer les examens à Paris, ça a été… Au lieu de me prendre trois ans, ça m’a pris quatre ans en fait !
C : Est-ce qu’il y un choc entre la vie en cabinet… enfin, entre vos études et la vie en cabinet ?
E : Oui. Donc au moment du stage, quand on arrive, on a l’impression de rien savoir, hein ! Parce que tout ce qu’on apprend, c’est hyper technique, hyper théorique. Moi, dans mes études, j’ai jamais travaillé sur les logiciels comptables. Donc quand je suis arrivée en stage d’expertise comptable, donc c’est expert-comptable stagiaire, je savais même pas saisir une écriture (12), je passais les emprunts à l’envers, j’étais complètement perdue ! Et puis après, au bout d’un mois, on commence à maîtriser le truc (13). Et après, il faut un à deux ans pour avoir un petit peu le recul (14), et pouvoir… comment dire… s’acclimater aux différents portefeuilles et aux activités de tous les clients, quoi.
C : Et quels sont les avantages et les inconvénients d’avoir monté votre propre affaire ? J’imagine que… que la charge de travail n’est pas la même et que ça doit également affecter votre vie personnelle.
E : Alors, avantages : c’est qu’il y a une certaine liberté quand même. Ça dépend, quand c’est un plus gros cabinet. Moi, c’est parce que j’ai choisi d’être dans une petite structure (15) où on est trois, donc c’est quand même une certaine liberté. La charge de travail est importante mais quand même moins que si j’étais salariée dans une grosse structure. Après, elle est plus complète et plus anxiogène (16) puisqu’on est, du coup, en direct total avec les clients tout le temps. Et après, il y a des périodes d’accalmie et dans les grosses périodes de bourre (17), effectivement, c’est beaucoup plus anxiogène parce que c’est votre propre affaire, c’est comme un enfant, quoi ! Donc c’est pas pareil que quand on est salarié et que la paye, elle tombe (18) à la fin du mois! Là, quand les clients, ils vous payent pas ou que il y a des gros dossiers qui partent parce qu’ils sont pas contents de votre travail, c’est pas la même chose que quand on est salarié. Il faut se donner (19) un petit peu plus. Et accepter un peu plus de choses… de la part des clients.
C : OK.

Des explications:
1. monter un cabinet / une entreprise : créer un cabinet, une entreprise
2. sauter le pas : prendre une décision qui va conduire à un grand changement
3. auquel : ici, il vaudrait mieux dire : le cabinet où j’étais. Ou alors : le cabinet auquel j’appartenais
4. évolution : il s’agit de l’évolution de carrière. Elodie n’avait pas de perspectives d’évolution, c’est-à-dire pas de promotion possible ou pas de nouvelles responsabilités en vue dans ce cabinet.
5. Un mémoire : au masculin, ce terme désigne un dossier approfondi qu’on rédige sur un sujet donné, dans le cadre de ses études. On le remet aux personnes chargées de l’évaluer, puis on passe un oral à ce sujet. On appelle ça une soutenance. On dit qu’on soutient un mémoire.
6. Être son propre patron = être à son compte, diriger sa propre entreprise. Il existe un féminin pour ce nom (une patronne) mais c’est encore un peu étrange de l’employer dans cette expression, ce qui reflète la place des femmes: pendant longtemps, elles n’ont pas pu être à la tête d’une entreprise. Les choses changent et on va probablement s’habituer à dire : être sa propre patronne.
7. Un concours : dans le cadre des études, il s’agit d’examens très compétitifs.
8. réformé : changé à la suite d’une réforme des modalités des examens.
9. bosser : travailler (style familier, oral)
10. une épreuve : dans le contexte des études, ce terme désigne un examen spécifique. On passe une épreuve de français, une épreuve de droit, etc.
11. la finalité : l’objectif final
12. saisir des écritures : terme comptable qui renvoie au processus par lequel on enregistre les opérations comptables d’une entreprise
13. le truc : la chose (familier)
14. avoir le recul : comprendre mieux ce qu’on fait
15. une petite / grosse structure : une petite ou une grosse entreprise
16. anxiogène : qui cause de l’anxiété
17. une période de bourre : une période où on est surchargé de travail. (familier)
18. la paye tombe : la paye arrive
19. se donner : s’investir, s’impliquer. On peut par exemple se donner davantage, se donner à fond, ne pas se donner assez.

Et vous ? Racontez-nous:
– Travaillez-vous dans une grande ou une petite structure ?
– Avez-vous déjà pris de grandes décisions qui ont été un tournant dans votre vie ?
– Qu’est-ce qui vous stresse dans votre travail ou dans vos études ?

A la semaine prochaine.

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