Une semaine avant le confinement

Vous le savez, la France est en pleine épidémie de Covid-19. Comme beaucoup de pays, nous avons d’abord suivi d’un peu loin ce qui se passait en Chine. Les inquiétudes sont montées d’un cran quand l’Italie a commencé être très durement touchée. Puis les cas se sont multipliés dans l’est de la France et là, on a commencé à se demander ce qui allait se passer, d’autant plus que l’Espagne aussi entrait dans cette crise sanitaire.
Cette conversation est donc déjà dépassée puisque nous sommes maintenant tous confinés depuis le mardi 17 mars, pour une durée indéterminée. Nous l’avons enregistrée une semaine avant le confinement et Meriem évoquait déjà les difficultés et les inquiétudes dues à cette épidémie.

Transcription:
M: Meriem / A: Anne

A : Bonjour Meriem !
M : Bonjour !
A : Vous allez bien ?
M : Oui, ça va.
A : Bon, et vous savez, avec cette épidémie de Coronavirus, là, dont on nous parle beaucoup, beaucoup, et puis qui a l’air assez présente, j’ai pensé à votre sœur.
M : Ah oui.
A : Elle devait pas partir dans des pays qui ont été touchés, ou qui sont… oui, inquiets par rapport au Coronavirus ?
M : Oui, exactement. Donc bah ma sœur, elle devait partir en Corée du Sud, en février et finalement la fac l’a annulé, par mesure de sécurité. Et du coup, elle s’est retrouvée à être un peu…
A : Sans stage ?
M : Avec… Non.
A : Ah !
M : Elle devait faire son semestre 6 en Corée du Sud, c’est-à-dire…
A : Ah c’est ça ! D’accord, oui.
M : Et du coup, la fac a… en Corée du Sud… a quand même… Eux, ils étaient ouverts.
A : Oui .
M : La rentrée (1), d’ailleurs, c’était… ça devait être hier, sa rentrée.
A : Ah !
M : La fac ne l’a même pas prévenue (2), en fait. Et du coup, eh bah elle a été obligée de choisir soit de faire un stage ou soit bah de reporter (3) ça à l’année prochaine. Et elle a choisi de faire ça l’année prochaine et là, maintenant elle travaille.
A : Ah bon ! Oh bah c’est moche (4) alors, quand même, hein ! Ça a des conséquences comme ça sur plein de choses, hein !
M : C’est ça !
A: Ça a plein de répercussions. Et alors, vous, par exemple, dans votre vie quotidienne, là, comment ça se passe (5) ? Parce que à l’IUT, là, donc on nous… enfin, et d’ailleurs dans le reste de la France, quoi, on nous demande de prendre des précautions. Vous, vous les prenez les précautions ?
M : Ah oui ! Bah maintenant, je me lave tout le temps les mains, je fais attention, j’écoute beaucoup les informations (6).
A : Oui, pour savoir comment ça évolue ?
M : Oui, et du coup, comme je travaille…
A : Oui.
M : Eh bah du coup, au boulot (7), c’est compliqué aussi, parce que….
A : Toujours dans les hôtels ?
M : Bah en fait, là, je fais la caisse (8) maintenant à… en fait… L’hôtel, j’y travaille, ils m’envoient des missions, Staff Match. Mais, je suis avec plusieurs boîtes (9) d’intérim.
A : Oui.
M : Et SVC intérim m’a contactée et m’a demandé si je pouvais travailler en tant qu’hôtesse de caisse. Du coup, maintenant, tous les samedis, je fais hôtesse de caisse et après, je vois avec Staff Match, je change, je switche (10) un peu.`
A : D’accord, mais alors, hôtesse de caisse (11) dans des supermarchés ?
M : Oui, c’est ça !
A : Bon !
M : À Géant Casino (12) d’Aix.
A : D’accord. Alors vous êtes exposée finalement…
M : C’est ça. Exactement.
A : … À plein de clients.
M : Bah il faut nettoyer. Surtout que les gens, ils sont pas patients.
A : Oui.
M : Bah, ils me parlent un peu comme… comme une … voilà.
A : Ah oui, d’accord, comme une bonniche (13)… enfin, ils vous respectent pas, quoi.
M : Non, ils me respectent pas.
A : C’est moche, ça ! Oui parce que vous, qu’est-ce que vous avez comme consignes (14) alors, de.. de faire attention à quoi ?
M : Alors…
A : De nettoyer ?
M : Non. Ils nous ont donné…par contre, ils nous ont donné aucune consigne là-dessus.
A : Ah bon !
M : À l’hôtel, ils sont un peu plus stricts.
A : Oui.
M : C’est l’hôtel.
A : Oui, oui.
M : C’est… Là, c’est juste la caisse comme ça.
A : Oui, d’accord.
M : Et puis même, par contre, les rayons (15), ils se vident hyper vite ! Les gens, ils achètent, c’est un truc de (16)… Samedi dernier…
A : Ah ! Ils sont vides ?
M : Samedi dernier, il y en a un qui a acheté pour 400 couches (17), je crois !
A : Ah oui !
M : Ah oui, c’était…
A : Ils ont peur de manquer de choses comme ça.
M : C’est ça.
A : Oui, oui. Ah, d’accord !
M : Ça crée une épidémie, cette…
A : Oui, oui.
M : … Ce virus.
A : Bah, oui, il faut s’organiser, mais c’est vrai que, s’il y en a qui s’organisent un peu trop, après, les autres… Moi, par exemple, j’arrive… j’ai pas réussi à trouver de gel pour les mains. Il y en a plus. Il y en a plus dans les supermarchés, il y en a plus dans les pharmacies, j’en ai pas trouvé. Donc en fait…
M : Ils achètent tout, les gens !
A : Oui, oui, c’est ça.
M : Juste…
A : Oui, c’est ça, c’est dévalisé (18)!
M : Juste une petite… une petite information, ça y est, ça crée la panique, la foule (19).
A : Oui…oui
M : Même ma tante, elle m’a dit – elle habite vers Paris – elle m’a dit « Bah ma fille, elle m’a dit : Va… va faire les courses parce que, après, ils vont tout dévaliser !
A : Oui, oui, oui !
M : Ils sont en train de tout dévaliser.
A : Oui, après, ça fait un effet boule de neige, finalement. On y va, parce qu’on se dit « on veut pas être les derniers à se… enfin, à s’approvisionner. Mais finalement, ça (contibue), contribue aussi à vider les rayons et tout. Bon, on va voir ce qui se passe (20), hein. On espère que ça va pas être trop long et puis qu’on va s’en sortir mieux (21) que l’Italie, apparemment.
M : Oui, bah, j’espère, hein !
A : Oui ! Oui, oui. Allez bon, bah, on se lave bien les mains et on croise les doigts (22)!
M : Lavez-vous bien les mains (23) !

Des explications
1. la rentrée : le début des cours, d’une nouvelle année scolaire ou universitaire. La soeur de Meriem devait commencer sa troisième année de fac (= à l’université).
2. prévenir quelqu’un : informer quelqu’un (qu’un changement a eu lieu, que quelque chose a été annulé par exemple.)
3. reporter quelque chose : décider de repousser quelque chose qui était prévu plus tard, à une date ultérieure. On peut reporter une réunion ou un voyage, etc.
4. c’est moche : c’est vraiment dommage. (familier)
5. comment ça se passe ? : on pose cette question pour obtenir une description, des informations sur une situation.
6. Les informations : les bulletins d’information des journalistes à la télé, à la radio par exemple.
7. Au boulot = au travail (familier)
8. faire la caisse : ici, Meriem veut dire qu’elle travaille à la caisse. Elle est embauchée comme caissière dans un supermarché.
9. Une boîte = une entreprise (familier)
10. je switche : je change. Meriem passe d’une agence d’intérim à l’autre en fonction de ce qui est intéressant pour elle. Il s’agit d’un anglicisme, donc un mot anglais transformé en verbe du 1er groupe (switcher)
11. une hôtesse de caisse : c’est le terme employé aujourd’hui pour parler d’une caissière.
12. Casino : une des grandes chaînes de supermarchés en France. Selon leur taille, on appelle leurs magasins : Casino, Géant Casino.
13. Une bonniche : une bonne. C’est un terme péjoratif, qui indique que vous êtes au service de quelqu’un qui vous exploite.
14. Une consigne : un ordre, une instruction qui s’impose à vous. On parle par exemple des consignes en cas d’incendie, c’est-à-dire tout ce qu’il faut faire dans une telle situation situation.
15. Les rayons : dans un supermarché, ce sont les différents endroits où sont regroupés les produits par type de produit. Par exemple, il y a le rayon fruits et légumes, le rayon aliments pour bébés, etc. Mais cela désigne aussi les étagères où sont rangés les produits.
16. C’est un truc de… : Meriem allait employer l’expression : C’est un truc de fou ! / C’est un truc de malade ! Cette expression exprime une très grande surprise par rapport à ce qui se passe. C’est l’idée que c’est vraiment incroyable. (très familier)
17. les couches = pour les bébés (qui ne savent pas encore aller aux toilettes.)
18. dévalisé : on dit qu’un magasin est dévalisé quand il manque beaucoup de produits en rayon parce que les gens se sont précipités pour faire des stocks par peur de manquer.
19. La foule : Meriem veut dire que les gens se ruent dans les magasins tous en même temps.
20. On va voir ce qui se passe : on va voir comment les choses évoluent.
21. s’en sortir : sortir d’une situation difficile.
22. On croise les doigts : cette expression signifie qu’on espère que tout va bien se passer.
23. Se laver les mains : ce n’est pas naturel du tout de dire : Lavez vos mains / Lave tes mains. On emploie le verbe pronominal (se laver). Donc on dit : Lave-toi les mains / Lavez-vous les mains.

L’enregistrement :
Une semaine avant le confinement – France Bienvenue

La vie a donc complètement changé depuis presque deux semaines. Nous allons essayer de partager avec vous des témoignages dans les jours à venir, tout en continuant à publier le vendredi les conversations que nous avons préparées quand tout allait encore bien.

Et vous ?
– Vivez-vous dans un pays où le confinement est obligatoire ?
– Comment les gens réagissent-ils autour de vous ?

A la semaine prochaine. Portez-vous bien.

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