On reste à la maison – Stéphanie

La vue de chez Stéphanie à Marseille

Début de la huitième semaine de confinement en France. Aujourd’hui, nous avons rendez-vous avec Stéphanie. Un travail, des études, deux filles. Comment fait-elle pour tout concilier? Allez, encore une semaine et ensuite, on va voir ce qui se passe. On espère que les enfants vont bientôt pouvoir retourner jouer tous ensemble !

On reste à la maison – Stéphanie

Transcription
S : Stéphanie / A : Anne

A : Bonjour Stéphanie.
S : Bonjour Mme Ghanassia. Vous allez bien ?
A : Bah oui. Oui, oui. Et vous ?
S : Ça va, merci.
A : Depuis mardi dernier, quand on a eu cours.
S : Tout à fait, tout à fait, hein, par internet.
A : Oui. Il a fallu s’adapter. Comment vous vous êtes adaptée à ça, aux cours par internet ? Qu’est-ce que vous en pensez ?
S : Oh bah écoutez, ça va, ça se passe bien (1). Je… J’arrive à me concentrer. C’est pas toujours évident (2) avec les enfants.
A : Alors, combien il y en a d’enfants, dans la maison ?
S : Alors, donc il y a deux filles.
A : Oui. Qui ont quel âge ?
S : J’ai une petite fille de six ans et une grande de treize ans.
A : Donc vous, vous êtes… Oui, c’est un peu particulier puisque vous êtes… vous avez repris les études (3).
S : Alors, c’est ça, voilà. J’ai travaillé pendant près de vingt ans et j’ai repris mes études pour passer des diplômes. Et donc c’est pour ça que je suis avec vous à l’université. Voilà, ça fait… ça fait deux ans maintenant. J’ai repris l’année dernière en DUT. Et donc j’ai poursuivi cette année en licence professionnelle.
A : Vous y avez…
S : Et je travaille en alternance donc, parallèlement.
A : Vous avez pris goût (4) à la reprise des études !
S : Eh oui, un peu trop, même, d’ailleurs !
A : Oui ?
S : Non, c’est enrichissant. C’est enrichissant et on vit pas de la même façon, d’ailleurs, hein. On est un peu plus… J’avais l’habitude de dire l’année dernière que je buvais un peu plus la parole (5) des professeurs que je ne le faisais quand j’étais … quand j’étais jeune.
A : Ah oui, oui, oui.
S : On est un peu plus motivé.
A : Voilà, c’est le privilège de l’âge ! De toute façon, nous, profs, on le remarque quand on a des groupes dans lesquels il y a des adultes qui ont repris les études, on le constate vraiment, hein, les gens qui ont fait ça savent pourquoi ils sont là.
S : C’est ça.
A : Donc ça motive énormément. Et on est toujours content quand on a des adultes au milieu de… de nos petits jeunes (6), finalement, parce que bon… ! Bon et alors, bah en fait, ce qu’il y a, c’est que… c’est pas le très bon timing (7) finalement, cette année, avec toute cette histoire (8), pour arriver à tout concilier (9), je suppose.
S : Oui, c’est vrai que bah, entre les filles (10) qui sont justement aussi en continuité pédagogique (11), donc chacune… Bon, pour la plus petite, c’est un peu plus simple parce que il faut faire la maîtresse (12) comme on dit.
A : Elle est quoi ? Elle est en CP ? (13)
S : En CP, tout à fait. ET puis bah pour la grande, c’est un peu plus compliqué. Elle est bien… bien occupée (14).
A : Oui ? Il y a beaucoup de cours à suivre ? Enfin c’est… les profs…
S : Tout à fait. Alors, très peu de virtuel comme on fait avec l’IUT, mais ils ont un système où ils donnent beaucoup de travail. Et puis, il faut qu’ils en rendent une partie, et puis… Voilà.
A : Et donc vous êtes obligée de mettre la main à la pâte (15) ? Là, il faut…
S : Tout à fait, tout à fait. Donc bah là du coup, je suis… Je ne travaille plus, je suis en… l’arrêt maladie (16) qu’ils ont fait pour les gardes d’enfants, puisque mon mari, lui, est obligé de travailler aussi, à la maison. Donc du coup, voilà, c’est vrai que les trois jours où je suis au travail habituellement, voilà, je suis…
A : Oui. Là, vous êtes…
S : Je garde un peu de temps pour mon travail mais je fais aussi celui avec les filles.
A : Et comment elles vivent ça, alors, ces filles ?
S : Pour le moment, le moral est bon, ça va, là. C’est un peu plus dur au niveau physique pour la petite. On a beau (17) faire du sport à la maison et… Mais elle a besoin de beaucoup bouger. On a la chance d’être dans une résidence (18) qui a un petit jardin. Donc avec les voisins, on a organisé des tours (19) pour que les enfants puissent… Bah oui, on s’organise !
A : Eh oui, oui, oui. C’est ça…
S : Pour pas qu’ils se retrouvent tous ensemble, parce que c’est vrai, la grosse envie comme ils font d’habitude le weekend, c’est de se retrouver tous ensemble pour jouer…
A : Donc oui, vous avez organisé un…
S : On a fait un espèce de planning (20). Voilà, voilà.
A : Parce que c’est ça, vous êtes en appartement mais avec quand même…
S : On est en appartement mais on a la chance d’avoir des espaces verts (21) et puis une grande terrasse, donc…
A : Et… Je suppose que c’est ça quand même, hein, pour les enfants comme ça, ils ont du mal à… un peu à comprendre qu’ils ne peuvent pas jouer avec les copains, les copines.
S : C’est ça. Ça a été très difficile au début, hein. Par la fenêtre… Tout le monde n’a pas respecté forcément au même moment, donc nous, on a essayé de respecter dès le début, de pas se côtoyer (22) de trop, et donc au début, elle restait devant la fenêtre et elle disait : « Maman, je veux descendre jouer avec les copains. »
A : Et il fallait dire non.
S : La pauvre ! Il fallait dire non ! Bon après, elle a fini par comprendre et puis voilà.
A : Et en tant que… Là, vous me parlez de celle qui est la plus jeune, mais par exemple, ado (23), alors ?
S : Bizarrement, je trouve qu’elle le prend très bien (24)… enfin, bizarrement, non. Je… Tant mieux ! Mais, non, on communique beaucoup, j’ai de la chance de beaucoup… enfin, on a la chance de beaucoup communiquer avec elle et ça se passe très, très bien finalement. Elle s’en faisait un petit peu tout un monde (25) et ça se passe très bien !
A : Oui. Et alors quand même, je suppose qu’elle peut communiquer par les moyens habituels de nos ados, tout ça, les réseaux sociaux.
S : Tout à fait. Maintenant il y a le téléphone bien sûr, bien sûr. Elle est très en contact avec ses amis du collège, et puis…
A : Et là, on dit pas trop non, dans cas-là !
S : Pardon ?
A : Là, je dis, on ne dit pas trop non dans ce cas-là !
S : Non, bah non, on lâche un peu du lest (26).
A : Oui, j’imagine.
S : On lâche un peu, tout en gardant le cadre quand même habituel, mais voilà.
A : D’accord.
S : Non, on lâche, on lâche un peu.
A : Bon ! Bah Stéphanie, je vous remercie. Et…
S : Bah merci à vous en tout cas.
A : Bah de rien, hein. Et puis bah bonne continuation avec les filles.
S : Merci, c’est gentil.
A : Et avec la famille. Voilà, et puis on se… on se voit, entre guillemets (27), mardi prochain.
S : Oui, mardi prochain.
A : Voilà, merci beaucoup. Au revoir.
S : Au revoir.

Des explications :
1. ça se passe bien : tout va bien
2. Ce n’est pas évident = ce n’est pas si facile que ça
3. reprendre les études : se remettre aux études, pour obtenir un nouveau diplôme, après avoir passé un certain temps dans le monde du travail. On dit que ces adultes sont en formation continue, alors que les autres étudiants sont en formation initiale.
4. Prendre goût à quelque chose : cette expression signifie qu’on continue à faire quelque chose qu’on a commencé auparavant sans en avoir nécessairement très envie, parce qu’on y trouve un intérêt ou qu’on aime ça finalement.
5. Boire les paroles / la parole de quelqu’un : écouter quelqu’un très attentivement et en tirer profit
6. nos petits jeunes : ce sont les étudiants en formation initiale
7. ce n’est pas le bon timing = ce n’est pas le bon moment / vous n’avez pas choisi le bon moment.
8. toute cette histoire : cette situation si spéciale, ces événements (familier). On dit très souvent : Quelle histoire !, pour parler d’un événement surprenant.
9. concilier plusieurs activités : réussir à les faire toutes, trouver le temps de les faire sans en sacrifier aucune. C’est trouver le moyen de les faire toutes.
10. Entre les filles… : en fait, il manque un deuxième élément, la suite: Stéphanie veut dire qu’entre les filles dont elle doit s’occuper et ses propres études, il faut jongler. Quand on veut concilier plusieurs choses, on est pris entre une activité et une autre. (On emploie la préposition entre)
Par exemple : Entre les repas à préparer tous les jours, mon travail personnel et les devoirs des filles, pas facile de tout faire dans une journée !
11. La continuité pédagogique : il s’agit d’un de ces termes qui sont apparus dans la période de confinement : il faut faire en sorte qu’il n’y ait pas d’interruption de l’apprentissage pour les élèves ou les étudiants = il a fallu continuer à enseigner malgré les conditions matérielles nouvelles.
12. Faire la maîtresse : remplacer l’institutrice (ou l’instituteur) auprès de ses propres enfants et les aider à faire le travail fourni par les enseignants.
13. Le CP : la première classe de l’école primaire, où on apprend notamment à lire. (Abréviation de Cours Préparatoire)
14. être bien occupé = être très occupé, avoir beaucoup de choses à faire. (bien = très)
15. mettre la main à la pâte : intervenir, contribuer, aider (plutôt familier)
16. un arrêt maladie : une autorisation légale de ne pas aller au travail parce qu’on est malade, période pendant laquelle on est quand même payé. Le gouvernement français a aménagé les congés légaux pour ne pas priver les gens de leur salaire.
17. On a beau + verbe : même si…
18. une résidence : un ensemble d’immeubles et donc d’appartements
19. organiser des tours = organiser un tour de rôle, c’est-à-dire que les enfants des différentes familles peuvent aller jouer dans le jardin à tour de rôle.
20. Un planning : un document qui planifie, organise des activités, met en place un emploi du temps. Tout est prévu pour chaque participant.
21. Des espaces verts : des jardins, des parcs (On emploie ce terme pour les villes, les paysages urbains)
22. côtoyer des gens / se côtoyer : se voir, se parler, en tant que voisins par exemple
23. ado = adolescent
24. prendre quelque chose très bien = accepter, s’adapter, ne pas protester
25. se faire tout un monde de quelque chose : s’imaginer que ça va être très difficile, impossible.
26. Lâcher du lest : cette expression signifie qu’on est plus tolérant qu’en temps normal, qu’on n’est pas aussi strict.
27. Entre guillemets : cela indique qu’on utilise un mot mais pas tout à fait dans son sens habituel, qu’on veut nuancer. Ici, cela signifie qu’on ne se voit pas vraiment, c’est-à-dire qu’on ne sera pas ensemble réellement, seulement en visioconférence. (Quand on dit : On se voit lundi, cela signifie qu’on passera un moment ensemble ce jour-là.)

Et chez vous ? Racontez-nous.
– Avez-vous des enfants à qui vous devez faire la classe pendant le confinement ? Facile, pas facile ?
– Comment se sont adaptés les jeunes ou les enfants autour de vous à toutes ces contraintes nouvelles ?

Bon début de semaine à tous.

2 réflexions sur “On reste à la maison – Stéphanie

  1. Peta dit :

    Chouette, beaucoup de vocabulaire intéressant et un entretien bien détaillé. Merci! Comme tous les entretiens récents, c’est fascinant d’entendre parler des expériences différentes avec ce virus maudit. Moi, je suis en Australie et ici on a de la chance d’avoir peu de morts par rapport à ce que vous vivez là-bas. Bon courage à tous!

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    • Alexane dit :

      Bonjour Peta,

      Nous espérons que vous allez bien. Merci pour votre commentaire, nous essayons de faire des discussions variées pendant ce confinement.

      Prenez soin de vous, à bientôt !

      Alexane de France Bienvenue.

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